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lundi 11 janvier 2010

When the sun goes down (6)



Dimanche à Paris
Dimanche à Paris…les brunchs, rendez vous hebdomadaires des bons vivants ’non moins stressés’ de Paris, étaient ce qui définissait cette journée de repos. –B- n’avait plus d’argent pour s’offrir ce luxe dominical. Elle se contenta de s’assoir lire un livre à la place Beaubourg. De toute façon, elle n’était pas d’humeur à bruncher. La journée était suffisamment ensoleillée pour qu’elle puisse programmer un moment de solitude à même le sol avec juste du coca et des cacahuètes achetées à très petits prix au casino du coin. « Putain, même Monoprix dépasse mon budget. » La vue du spectacle que donnaient les breakdanceurs de châtelet, lui fit oublier son état mélancolique momentanément. Elle applaudissait au rythme des performances. Elle se sentit libre pendant quelques minutes, oubliant le ‘King size’, ses problèmes d’argent, ses parents, ses amis, sa famille, son ex, -M-, oubliant jusqu’à sa vie. Un moment qui serait juste venu d’ailleurs, d’un éden, d’une divinité invraisemblable, si ce n’était pas la vue de son ex, qui vint gâcher le tout. Elle fit mine de se cacher derrière son bouquin, elle plongea toute sa petite figure dans les pages de ‘Millénium’ , mais elle l’entendit quand même.
--B- ? C’est toi ? disait-il en essayant de deviner le visage qui se cachait derrière le livre. Elle releva sa tête, faisant semblant d’être surprise, et le regarda, esquissant un faux air de joie. En réalité, elle ne l’était point. Elle avait certes les membres qui tremblaient, un peu stressée et mal à l’aise par cette rencontre non voulue comme le serait une jeune fille célibataire qui apprendrait sa grossesse. Mais elle n’avait surtout pas envie de le voir. Ni lui, ni ses amis d’ailleurs, ni tout ce qui pouvait constituer son monde ou qui avait pu à un moment donné de sa vie construire leur monde à tous les deux. Elle haïssait son air joyeux qui semblait dire ‘hé regardez moi, tout est super pour moi, I’m the lucky one’. Elle détestait ses faux semblants et cette façon qu’il avait de normaliser chaque événement. Etait ce de la superficialité voulue, ou était-il vraiment si terre à terre qu’il croyait vraiment qu’elle apprécierait le revoir ? Toujours est-il qu’elle prit son air le plus hypocrite pour lui dire dans un sourire digne d’une publicité pour dentifrice :
-Ah quelle bonne surprise…Ca alors ! Ca fait un bail. Comment vas-tu ? Majdi fit une tentative non concluante essayant de la prendre dans ses bras- ce câlin était pour lui l’expression de la force d’un sentiment : joie, amour, attachement etc…Cela dépendait des circonstances et du sentiment en question, mais il enlaçait tout le monde au grès de ses envies et des événements. Elle fit semblant de trébucher et recula deux pas en arrière.
-Oui moi ça va. La routine habituelle quoi. Là on est entre potes et on va se mettre dans un bar, pour regarder le match. Il dit le match, comme si elle savait de quoi il parlait. Ca devait être un match où son équipe jouait pour qu’il le dise sur ce ton. Elle était bien contente d’en être déconnectée.
-Ah oui le match, dit-elle machinalement.

-Dis, je peux t’appeler tout à l’heure ? Le connaissant, il n’aurait pas pu l’éviter celle là, ou du moins une phrase dans le genre. Elle s’y était préparé des journées entières et des nuits d’insomnie, alors elle répondit tout aussi machinalement :
-Non…Bonne cuite et bon match, je dois y aller moi…Good to see u
Majdi n’eut pas le temps de la réplique, qu’il la vit partir. Elle avait le visage pâle, peut être triste pensa-il, mais son regard était saisissant de beauté tellement il dégageait la mélancolie qu’il lui connaissait.

Quelques stations de métro plus loin, chez-C-

-C- avait depuis peu disparu du champ de vision de –B-. Cette dernière y était habituée, non pas qu’elle appréciait. Mais elle comprenait le besoin de solitude de –C-. Ce qu’elle aimait moins c’était le fait que la plupart du temps, les disparitions de –C- étaient généralement le fruit d’une rencontre compliquée ou assez bizarre avec un homme. Mais elle éloigna cette hypothèse, puisque depuis qu’elle sortait avec Amine, -C- avait plus ou moins trouvé la stabilité qu’elle cherchait tant. Cet après midi, et ne sachant pas comment finir ce week end désastreux qu’elle venait de vivre, -B- décida d’aller prendre des nouvelles de son amie déclarée ‘wanted’ depuis peu. -C- s’apprêtait à entamer un délicieux moment de micro-cam sur Skype, quand elle entendit sa porte sonner. Elle hésita deux secondes à ouvrir. –B- cria à l’autre bout : Je sais que tu es là, la gardienne m’a ouvert et me l’a dit. –C- n’eut plus d’autre choix que de se lever alors pour aller ouvrir à sa présumée meilleure amie. Elle tapota quelques mots sur le clavier avant : Une amie à moi vient d’arriver. Désolée, on se reparlera tout à l’heure.
-Mais alors, qu’est ce qui se passe ? Tu ne veux plus me voir ou quoi ? Lança –B- en entrant chez sa copine et se dirigeant directement vers le séjour.
-Mais n’importe quoi, j’ai tout simplement pas entendu la porte, j’étais aux toilettes. Alors comment vas-tu ?
-Ben c’est à toi que je demande ça. Depuis vendredi, plus de nouvelles. Tu es censée au moins m’appeler pour savoir si j’ai été prise ou pas.
-Ah, c’est vrai, désolée ma chérie. Alors ? dit la jeune femme au facies de bébé. Elle prit quand même soin de laisser exprimer un petit air de ‘mea culpa’ sur son visage.
-Ouais, c’est bon…m’enfin, il y a plein d’autres trucs qui se sont passés depuis…Mais attends toi, c’est quoi cette tenue super sexy. Tu sors ce soir ? -C- portait une robe bleue, un peu Bobo, mais qui laissait exprimer son joli décolleté. Elle était pieds nus, les cheveux attachés d’une façon faussement négligée et son visage finement maquillé.
-Non, non…enfin j’allais sortir, mais j’ai eu la flemme. Tu me connais. Pour cela elle la connaissait oui, –C- ne savait pas très bien mentir et cela se voyait sur son visage. Son teint clair virait au rose et ses mots s’entrechoquaient. –B- cherchait partout des indices dans son appart : un gilet masculin, une odeur de parfum, un paquet de clopes…Rien ne traînait. Pourtant, elle était sure qu’un mec se cachait derrière cette attitude douteuse. Peut être Amine allait-il venir la chercher tout à l’heure ? Ou peut être un autre. Elle fit alors semblant de vouloir rester pour le diner chez son amie et l’invita à une pizza partie.
-Allez comme au bon vieux temps, on télécharge un film et c’est moi qui paie les pizzas. « J’en saurai plus suivant sa réaction. » Se dit-elle
-C- s’excusa prétextant une quantité de travail qui lui restait à finir pour le lendemain.
-Tu connais Patrice, s’il n’a pas son rapport demain 9h, je suis virée. On ne va pas être deux dans la merde. Je dois pouvoir t’aider. Lança-elle dans un sourire presque jaune.
-Bon d’accord, on fait ça demain si tu n’as rien de prévu. De toute façon, j’ai tout le rituel du dimanche soir à faire : le bain, les mails, la cuisine etc…donc on fera ça d’une manière plus organisée.
Quand –B- partit, -C- reprit sa place devant son pc et tapa : Je suis de retour, si tu es là, fais moi signe La fenêtre clignota : Toujours là pour toi belle étrangère.

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