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mardi 19 janvier 2010

When the sun goes down (11)


Meriem ou les rendez-vous manqués

Il était 3h13 du matin et Meriem roulait dans Paris comme une somnambule. Elle connaissait parfaitement ce chemin qui menait jusqu’à son appart. Elle alluma la radio qu’elle détestait tant et faisait semblant d’écouter une émission qui avait pour sujet de discussion ‘est ce que les filles préfèrent les garçons poilus ou pas’

« Mais quelle connerie !! » Elle s’étonna qu’il y ait des gens à cette heure qui appelait pour parler des poils de leur torse ou pire encore de ceux de leurs organes génitaux. « Ils doivent vraiment être insomniaques, insociables, frustrés et profondément débiles »

La route lui sembla tout de même longue. Et au fil des discussions interminables au tour du forum de minuit, elle eut le temps de se repasser le film de la soirée en tête.

Arrivée chez elle, elle s’affala sur son grand lit, sans prendre la peine d’enlever ses chaussures. Une colère intérieure l’émergea, pourquoi diable ne lui avait-il même pas proposé de rester dormir elle aussi ? Ca n’aurait pas été la première fois. Et puis il y avait de la place et –B- était son amie. Lui, il la connaissait à peine. Et si ce n’était pas elle qui le lui avait présenté, -B- n’aurait peut être pas autant confiance en lui et ne serait pas restée. Et puis vu comment se déroula la soirée chez lui, il aurait très bien pu lui proposer de rester. Ils étaient tellement en harmonie tous les trois.

Chez lui tout était comme elle le connaissait, comme elle l’avait connu des années avant. Ca sentait un petit parfum d’intérieur. L’appartement se trouvait quelque part dans le 15ème, au 3ème étage d’un immeuble art déco. A l’intérieur, un mélange étrange de cette architecture avec un minimalisme qu’elle lui connaissait donnaient lieu à un endroit très inspiré. L’ensemble restait malgré tout très épuré et les bougies qu’il aimait décoraient toutes les pièces. Du paillasson à l’entrée et jusqu’au tapis de la salle de bain, on sentait à quel point cet homme était dans le détail. Elle l’avait souvent traité de maniaque. Ils se sont tellement embrouillés pour des histoires d’excès d’hygiène. Elle le traitait de malade, mais au fond, elle aimait ça. Du moment qu’il ne se mêlait pas de sa façon de vivre, ça l’arrangeait. Toujours est-il que quand ils vécurent ensemble pour quelques semaines, ils semblaient avoir trouvé le bon compromis : il mettait sur le tableau, et par ordre de priorité ce qu’il attendait qu’elle fasse et sur un autre ce qu’il faisait lui-même. Ainsi, elle s’efforçait souvent à accomplir l’essentiel et selon son humeur, elle rallongeait parfois la liste quand elle avait envie de lui faire plaisir. De la même manière, il lui arrivait de faire à sa place certaines choses. Tous ces souvenirs lui revinrent à l’esprit, quand ce soir là ; il leur fit la visite à elle et –B-, et elle fit semblant d’avoir oublié.

-Meriem, un verre de vin ? Lui lança-il en débouchant la bouteille
-Oui, mais tu m’en verses rien qu’un peu. Je dois conduire tout à l’heure.
Elle s’était dit que ça aurait été le moment idéal pour qu’il l’invite à rester, il lui aurait simplement dit de boire à son aise et de rester dormir pour ne prendre aucun risque, mais il lui versa juste deux doigts en seule réponse à sa pensée.
-Voilà, et toi –B- ? Un verre de vin aussi ?
-B- le regarda quelques instants, elle réfléchit, hésita un peu puis répondit comme spontanément :
-Oui, pourquoi pas…oui un verre de vin. Merci.
Elle pensa qu’au bout du compte, ce serait peut être une expérience qui lui ferait du bien dans son état. Elle s’est autorisée à boire exceptionnellement, parce qu’elle n’était pas seule, qu’elle était bien entourée et qu’elle avait besoin d’oublier un an de sa vie.

Naturally

Tout coulait de source, les mots sortaient liquides, limpides. Les regards s’entrechoquaient, s’entre caressaient, s’entre balançaient. Les gestes dansaient sur un rythme saccadé mais synchronisé. Elle se laissa aller à ce sentiment de béatitude mélancolique, un moment presque artistique, tellement mélancolique mais jouissif, où elle se dévoilait à –M-,. Ils partagèrent le plus important dans sa vie : ses pensées et son désir.

Elle lui parla de ses envies, de ses peurs, comment elle voulait vivre…elle lui dessina la maison de ses rêves, la ville qui l’habitait, ses parents qui lui manquaient. Elle caressa sa peau. Elle avoua avoir fait le mauvais choix de quitter ses parents ainsi. Un sentiment qui la déchire parce qu’elle ne pouvait faire marche arrière, mais qu’elle avait besoin d’eux dans sa vie et non de leur argent. Il embrassa sa lèvre inférieure doucement. Il lui avoua avoir un faible pour ses yeux et sa voix. Elle lui caressa le visage. Il lui susurra à quoi ressemblait l’odeur de sa peau au creux de son oreille. Elle lui dit qu’elle ne s’était jamais senti aussi bien depuis plus d’un an et qu’elle ne savait pas si c’était le vin ou… Il inspira sa peau, embrassant son cou. Il sentit son odeur se mélanger à sa respiration. Et ils se mélangèrent pendant une heure, buvant vin et salive, croisant et recroisant vingt doigts, se brûlant de regards, mais sans aller plus loin. Il anima son désir, écouta ses pensées et sans faire de cette nuit, celle qu’elle regretterait plus tard, il la prit dans ses bras et lui avoua mourir d’envie de la sentir dormir comme ça.

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