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mercredi 13 janvier 2010

When the sun goes down (8)


-B- ou le retour sur les lieux du crime

Mercredi soir, 20h tapante, -B- se rongeait les ongles devant son placard. Elle ne savait toujours pas si elle allait revenir au King Size ou pas. Elle passa une semaine affreuse, entre témoignage contre celui qui avait tenté de la violer, ses démons resurgis de son enfance, et ses états d’angoisse qui reprirent de plus belle. Elle prit son cellulaire et composa un numéro.

Au bout du fil, ce n’était pas –C- mais Meriem. Elle chercha un conseil au près de sa copine. Cette dernière, lui proposa de l’accompagner, la conseillant de faire face à cette angoisse pour pouvoir la dépasser. Elle irait une fois ou deux, après quoi, elle déciderait si ça l’intéressait toujours de travailler ou pas. Selon Meriem, c’était important pour pouvoir évaluer le degré du choc, de réapprivoiser les lieux afin de mieux dépasser cette dure épreuve. Elle n’en était pas si sure. Mais à ce stade, elle était incapable de réfléchir sur ce qui était le mieux pour elle, alors autant tenter ce qui pourrait la guérir. Par ailleurs, elle n’arrivait pas à chasser –M- de son esprit. Elle savait maintenant qu’il serait là-bas pour elle, du moins c’est ce qu’il avait dit. Alors elle irait humer son odeur encore une fois.

Meriem passa la cherchait quelques temps plus tard. –B- s’était faite belle, pour sa rencontre avec les lieux du crime, pour avoir confiance en elle et pour –M-

La vue du club fit l’effet d’un clash sur son corps. Une fois à l’intérieur, l’espace lui sembla petit. Comme si les murs se rapprochaient, qu’ils allaient finir par l’écraser. Elle trouva que le club manquait d’air. Elle sentit une lourdeur (puante) qui accablait ses poumons. Elle savait très bien que ces sensations étaient le fruit de son état psychologique, alors elle s’appliqua à les dépasser. Son patron vint à sa rencontre, dès qu’il l’aperçut. Quand il apprit la nouvelle, il l’appela immédiatement pour prendre de ses nouvelles. Il avait dit qu’il comprendrait tout à fait si jamais elle se décidait à arrêter. Il fut surpris de la voir ce soir là.

-Tu es venu finalement…Je suis content. J’ai prévenu Mamadou, il te surveillera de loin toute la soirée et te raccompagnera après. On renforce toute la sécurité dans le club. Ce qui s’est passé est grave et ne t’inquiète, ça ne passera pas sans prise de nouvelles mesures.

Elle avait envie de lui dire ‘c’est bon, stop, j’ai envie d’oublier…pas la peine de m’enfoncer encore plus’ mais ça se voyait qu’il était si embarrassé et qu’il se sentait quelque part responsable de ce qu’elle avait subi. Elle appréciait toute fois sa gentillesse. Alors elle décida de sourire, et de se mettre au travail.

Meriem pris place au bar. Juste devant elle. Ce soir, elle serait le coach de –B-. Elle voulait aussi savoir si –M- serait là ou pas.

Certaines soirées bien que ressemblant à tant d’autres vous habitent, vous hantent. Bien que la même odeur, bien que les mêmes personnes se trémoussant sur un fond de house, bien que les mêmes gestes qui se répètent. Certaines soirées s’impriment dans votre mémoire et constituent après des segments de souvenirs imprégnés d’odeurs, de clichés, de moments figés. Pour –B- cette soirée là en était une. Dans le brouillard de sa tête, elle le distinguait…et pourtant quelque chose lui disait qu’elle n’était pas prête. Elle ne pouvait s’empêcher de l’associer à ce monde nocturne répugnant. Il provoquait en elle à la fois une répulsion mentale et une attirance incontrôlable, à la limite chimique. Encore un sentiment schizophrénique comme tant d’autres qu’elle se connaissait. Elle en conclu qu’elle pouvait s’en passer. Intérieurement, elle la prit cette décision. Elle le salua de loin et fit mine d’être débordée par les commandes. –M- s’avança vers elle, fixant un certain point du bar. Elle en était étonnée. Elle partit loin dans ses réflexions, pensant déjà à ce qu’elle allait lui dire, quand elle fut surprise par une attachante séance d’embrassade. Meriem se tourna vers sa copine et par un geste de la main fit ce qu’on pouvait deviner les présentations.

--M- un ami de longue date, -B- une de meilleures amies ici.

-B- ne savait que faire, elle regardait –M- qui la fixait sans rien dire. Elle le connaissait, oui. Mais qui était-il vraiment ? Une connaissance d’un bar ? Son sauveur ? L’homme dont le regard l’envoûtait ? Elle avait déjà décrit à Meriem cet homme mystérieux et si attirant qui l’avait sauvé. L’avait-elle reconnu dans sa description ? Encore plus qu’avant, tout s’embrouillait dans sa tête, alors elle sourit et dit : -Je pense que j’ai du le voir une fois ou deux ici. C’est un habitué.
Elle n’avait pas pour habitude de se rétracter de cette façon, de ne pas dire les choses telles qu’elles sont. Mais cette fois-ci elle avait besoin d’en savoir plus, de déchiffrer ce regard d’une amitié de longue date entre sa copine et un homme qui préoccupait ses pensées (nocturnes). –M- avait un regard déstabilisant, de ceux qui contrôlent tout à distance. Des yeux qui commandent qu’elle lui parle, qu’elle le regarde, qu’elle se fasse belle, qu’elle passe à l’ombre au moment des présentations. Elle voulait que cette décision soit sienne, elle s’est fait croire qu’elle était sienne. Pourtant c’était bien ce regard qui avait tranché. Qui était-il vraiment ?

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