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mercredi 6 janvier 2010

When the sun goes down (5)



Au King Size-04h24-

Elle était assise sur la table fixant le grand verre de jus d’orange juste devant elle. Le regard vide. Elle peinait à croire ce qui lui venait d’arriver. Quand tout ça a-t-il bien pu basculer ? Elle se souvenu de son adolescence heureuse et épanouie, toute innocente…Elle repensa à sa Lili, tranquille chez elle, sa voiture garée juste devant l’appart, pas de soucis pour sortir le soir, son loyer payé à l’avance…Et elle…Aurait-elle fait le mauvais choix ? Les images se confondaient dans sa tête. Un seul mot retentissait dans son cerveau : l’argent. « Quelle saleté de truc de merde… » Tout ça pour de l’argent, pour le loyer, pour la survie dans une ville et un pays qui ne sont pas siens. Tout ça pour un truc qu’elle avait refusé d’avoir gratuitement. Elle sentait que sa tête allait exploser. Elle en oublia presque –M- qui était assis devant elle, la regardant sans dire un mot.
Il attendait qu’elle se remette de son état. Elle avait le visage pâle. Elle était toujours aussi belle, même fragile, le regard vide et le corps tremblant. Il voudrait la prendre dans ses bras. Il hésite. Ce n’est pas son genre, ses habitudes et pourtant…Il avait déjà pensé à la prévenir contre les petits merdeux en manque qui squattaient les sorties de boites. Il avait pensé à lui proposer de l’accompagner, mais cela aurait été un brin de trop. C’était tout lui, assez protecteur quand il s’agissait de dangers…Mais elle ne le savait forcément pas, et elle aurait refusé tout bonnement.
-Tu te sens mieux ?
Il se décida enfin à rompre le silence, la sortant de ses idées embrouillées. Elle le regarda :
-Oui, beaucoup mieux, merci…Enfin si ce n’était pas toi, qui sait où je serais à l’heure qu’il est. Elle essaya d’esquisser un léger sourire de reconnaissance.
-Dans mes bras si tu m’avais cherché en fin de soirée…Lança-il d’un regard malicieux. Bon d’accord, la touche humour ce n’est pas vraiment le moment.
-Non au contraire, ça me change du film qui se répète dans ma tête depuis tout à l’heure au moins. Dit-elle en souriant vraiment cette fois. Au fait, ça te dérangerais de me raccompagner jusqu’à chez moi ? Lui demanda-elle.
-Mais bien sur que je te raccompagne. Tu croyais que j’allais te laisser rentrer toute seule après cet incident ?
-Non, enfin…Je ne sais pas…C’est juste que tout est confus là dans ma tête. Elle se leva, passa la main sur son visage comme pour se rafraîchir les idées. En tous cas, je t’en remercie d’avance.
-Tu sais quoi ? Je te raccompagnerai tous les soirs où tu bosseras.
Elle le fixa un court instant. Elle ne comprenait pas ce que cela voulait dire. Qu’il viendrait 3 fois par semaines pour la raccompagner chez elle ? Ou qu’il était très branché soirées jusqu’à pas d’heures et du coup, ça lui ferait de la compagnie. De toute façon, elle arrêtait tout…le King Size, le bar, les cocktails etc… Décidément, ce n’était vraiment pas son truc, et elle le savait dès le départ.
-Merci. C’est…vraiment gentil. Mais je ne sais pas si je vais continuer à bosser ici. Du moins, là tout est confus dans ma tête, alors je ne sais pas vraiment. J’ai besoin d’une bonne douche et de dormir. Je veux tout oublier.
-Viens on sort alors. Tu repenseras à ma proposition plus tard si jamais tu décides de rester.
Ils partagèrent la route jusqu’à chez elle, à bord de sa voiture. Il se sentait étrangement bien avec elle à côté. Elle lui rappela celle qu’il a longtemps aimée. Elles dégageaient toutes les deux une chaleur spéciale par leur présence.
Ils arrivèrent rapidement devant chez –B-. Elle le remercia encore, une fois, descendit et le regarda à travers la fenêtre.
-Au fait, comment cela se fait que tu te trouvais là à cette heure ?
-J’avais oublié les clés de mon appart dans le vestiaire. Sourit-il en répondant tranquillement
-J’ai beaucoup de bol alors. Bon ben, bonne nuit. A bientôt, j’espère. Si je ne travaille plus, je passerai surement parler au patron au moins. J’espère te voir là-bas
-J’espère aussi. Dors bien…Au fait, j’ai hésité, mais prends ma carte, si jamais tu te sens mal la nuit, appelle moi.
Il lui tendit sa carte visite. Elle la prit, le remercia et composa aussitôt son code pour accéder à l’immeuble.
Elle rentra chez elle, le soleil ne s’était pas encore levé. Elle regarda autour d’elle, sa petite demeure, son studio, ses affaires, sa vie…Les vêtements qui trainaient partout au grès de son humeur. Son studio était le reflet de son état lunatique constant. Il était parfois rangé à la manière d’une maniaque, pour ne plus être, une semaine plus tard, qu’un taudis ressemblant au studio d’un trentenaire célibataire pour qui la maman faisait tout jusqu’à son déménagement.
Ce soir là, sa chambre était le reflet de son état d’esprit, chamboulée, sens dessous dessus, difficilement abordable. Elle alluma une cigarette qu’elle fuma nerveusement et sa tête se remit presque automatiquement à carburer. Elle voulait tant l’arrêter, prendre un court moment de pause. Elle n’y arrivait simplement pas. Depuis une année presque que l’esprit de –B- l’exaspérait, la fatiguait. Elle eut lu tous les magazines et livres de psychanalyse. Elle n’arrivait pas à déterminer ce qui la rendait comme ça. L’incident de ce soir la noya encore plus dans ce qu’elle appela souvent état dépressif, schizophrénique, et hystérique. Elle n’était pas sure de présenter tous ces symptômes à la fois. Mais ce qui était sur, c’est qu’elle s’y approchait par phases.
Elle s’allongea sur son lit, ses yeux fixant le plafond et entama ce qu’elle faisait toujours dans ces moments où elle était prise par une émergence d’émotions incontrôlables. Elle mit la musique et lâcha son esprit gambader, laissant les idées noires la remplir jusqu’à l’étouffement…Elle chercha cette manière de se faire encore plus mal. Elle repensa à ce corps souillé par des mains étrangères, lequel quelques années auparavant subissait le même sort. Tout tournait-il autour du sexe et de l’argent dans cette vie ? Et elle dans tout ça ? Elle et ce corps qu’elle n’assumait plus ? Elle et toutes ces cicatrices laissées par des pseudo (violeurs, pédophiles, profiteurs, ou tout simplement inconscients et bêtes) ? Elle et tout ce qu’elle traînait derrière elle, et qui rendait son voyage encore plus difficile, lourd de charge ?
Cette nuit là, elle ne trouva pas le sommeil. Elle surfa sur internet, fuma des cigarettes, écrit quelques bribes de mots aux sons incohérents, un vomi discordant qu’elle abandonna aussitôt. Cette nuit là, comme une agonie, elle avait revue tous les extraits de sa vie, les moments poignants, ses amours perdus, ses abus subis, ses moments d’égarements, tous les maux qu’elle avait subi ou fait subir à ses proches qui l’aimaient. Elle repensa sa relation instable avec ses parents. Son souhait de les savoir fiers d’elle et sa fuite précoce. ..
Cette nuit là, elle vit le soleil se lever. Elle sentit son corps s’alourdir comme sous l’effet d’une drogue, son esprit se perdre dans ses idées. Elle se leva afin d’exorciser cette nausée matinale, conséquence inéluctable d’une nuit atroce. Elle but un café noir, mit son jean délavé et sortit.

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